Des paysans témoignent

Regars de femmes face aux difficultés
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Thérèse, mariée, 2 enfants, a été exploitante - son  mari est à la retraite depuis 5 ans. "En 1980 nous avons reprit la ferme familiale de mon mari c'était une petite exploitation au centre du petit village. Il y avait 100 m² de bâtiments environ pour 20 vaches laitières et 65 000L de quota. Plus les dettes des parents, la surface était de 54 ha.
Construction d'un bâtiment en 1985 pour stocker le matériel et la salle de traite ambulante avec laiterie en 1991.
Nous avons eu un prêt de quota de 85 000 litres. Ça nous a permis de prendre des vaches en pension pour faire les quotas et avoir un revenu plus élevé. Le négatif à la banque était toujours là.
Les garçons nous aidaient beaucoup dans le travail de la ferme, ils n'ont pas fait de sport comme les copains. Inconsciemment ça les a travaillé pour les résultats de leur scolarité, dans le village ils n'avaient pas beaucoup de copains, je me suis accrochée aux enfants dans ces moments difficiles.
On s'est renfermés sur nous, nous avons pensé à partir du pays. Je sortais pas dans le village, j'étais timide, je me sentais rejetée par eux. Nous avons eu des décès dans la famille qui nous ont beaucoup bouleversés. Avec certains membres de la famille il y a eu des problèmes, nous avons eu une grosse détresse. Mettre fin à nos jours nous a traversé l'esprit plus d'une fois, heureusement que les enfants étaient là avec quelques membres de la famille pour nous aider et nous soutenir.
Nous avons fait appel à « agriculteurs en difficulté ». Les accompagnateurs nous ont aidé pour qu'on leur dévoile toutes les dettes, chose qui a été très dure mais au fil du temps la confiance s'est installée, nous avons raconté tous nos problèmes.
Les bénévoles nous ont conseillé de faire la compta avec l'AFOCG en 1998. Ca a été très dur car moi et les chiffres… J'ai commencé avec le cahier, les colonnes de chiffres, les retenues.
De 1991 à 2000 nous avons eu des soucis de voisinage, pour nuisance, bruit, odeur on a été condamné plusieurs fois par le tribunal. Il a fallut sortir l'exploitation du village, donc investissement d'un bâtiment à logettes, salle de traite et fosse. Le négatif à la banque était toujours là.
Avec les bénévoles de RESA on a fait un prévisionnel. Il a fallut le respecter si on voulait s'en sortir. Ça n'a pas été facile de refuser au propriétaire de payer le fermage le mois suivant. Il a fallut regagner leur confiance. Ça a été long mais bénéfique. Le solde bancaire revenait en positif.
Avec on a fait une formation « gérer le quotidien et l'avenir ». ça nous a permis de voir qu'on était pas seuls, avec le groupe il y a un respect entre nous, j'en suis sortis plus forte, mais toujours un peu craintive.
J'ai un fils qui a reprit l'exploitation, voilà déjà un an. Mais je suis déçue, car après toutes ces années la mentalité des gens n'a pas changé. Moi je travaille à l'extérieur, je me suis épanouie, j'ai repris confiance, je vais à la gym au village, je ressors en public. Ça a été long pour se reconstruire.
Avec les bénévoles d' « Agriculteurs en difficultés » et l'animatrice de l'AFOCG ça a été un travail long et très dur. Mais avec l'aide qu'ils nous ont apportée et leurs conseils dans les difficultés, les démarches dans les papiers, il a fallut de la persévérance, ce qui a été bénéfique.
La famille est plus solide et ça a fortifié notre couple qui en est ressortit plus fort.
Un grand merci à tous pour votre aide et votre patience".

Accompagné hier, accompagnant aujourd'hui
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ALAIN MICHEL

Pendant longtemps, Alain a refusé de se faire accompagnant, parce qu'il ne se sentait pas prêt. Depuis trois ans, lui qui a été suivi pendant près de 10 ans, a franchi le pas et fait profiter à d'autres des fruits de son expérience humaine et professionnelle. La reconnaissance qu'il voue au réseau et à ses bénévoles est à la hauteur des difficultés qu'il a rencontrées.

Eleveur, Alain reprend l'exploitation familiale en 1982 : « Je n'avais jamais rien fait d'autre. Depuis tout petit, j'étais voué à ce destin-là » se souvient-il.
Pour s'installer et toucher la dotation aux jeunes agriculteurs, il établit un prévisionnel sur 6 ans tablant sur une production de 168 000 L de lait par an. Sur cette base, il investit et fait construire un nouveau bâtiment. 1983, patatras ! L'instauration des quotas le limite à 82 000 L ...

« J'ai tout de suite vu que ce que j'avais prévu ne passait plus. J'ai renoncé aux logettes, à la salle de traite, au raclage électrique, à la fosse à lisier… Malgré cela, j'ai galéré dès la première année et ça a duré jusqu'en 1995 où j'ai pris mon courage à deux mains et appelé RESA. »

De sa traversée du désert, il se souvient avec des trémolos dans la voix. Il se souvient avec rage et émotion de ce jour où le Crédit Agricole le convoqua avec sa famille pour l'informer qu'ils avaient... trouvé un repreneur !

« Ils avaient tout organisé dans mon dos… Là, on se sent encore plus seul, on n'ose plus sortir de chez soi… Le suicide, j'y ai pensé… Quand pour la première fois le tandem d'accompagnants est venu comme ça se fait avec RESA, j'étais le nez dans le guidon. J'avais perdu toute capacité à réagir et à faire des choix. Ils ont réussi à établir la confiance et les choses se sont mises en route. »

Les choses ? Réalisation d'un bilan économique, renégociations avec la banque et les fournisseurs, formation à la gestion avec l'AFOCG, obtention de 20 000 L de quotas supplémentaires et abandon en 2000 de l'élevage de génisses qui lui coûtait trop cher…

« Tout cela a permis de rassurer mes créanciers au moment où je devais payer à la fois les arriérés et le courant… L'AFOCG et RESA sont devenus un peu mes secondes familles. Alors si aujourd'hui, je peux éviter à certains de refaire les mêmes erreurs… »
Ces nouveaux paysans qui galèrent
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P. et C. ont racheté une ferme il y a près de 10 ans, abandonnant peu à peu leur vie d'avant. Après de multiples déboires, ils sortent peu à peu la tête de l'eau.

Le monde agricole est hermétique car il est souvent difficile d'en comprendre les enjeux et les mécanismes, mais aussi parce qu'il n'aime guère confier ses doutes et ses difficultés. « Entre eux, les paysans se font un pont d'honneur à dire que tout va bien, qu'ils ont réussi à négocier un prix du lait plus élevé que la moyenne », constate Madame. Elle a accepté de témoigner des difficultés rencontrées depuis l'installation de son mari hors cadre familial en 1998. L'installation, un pari risqué en soi, mais dont la difficulté est accrue lorsqu'on se lance ex nihilo, sans l'assise rassurante que procure l'héritage d'une terre ou d'un cheptel en ligne directe.

Des embûches que Monsieur a tout de même voulu surmonter, histoire de réaliser un vieux rêve après 12 ans passés au volant d'un camion. « Ses parents étaient paysans et son frère a repris la ferme, trop petite pour pouvoir faire vivre deux familles. Mais il a toujours dit qu'il reviendrait un jour à la terre. » Il achète donc une exploitation pour 150 000 € qui comprend un cheptel d'une trentaine de vaches laitières et de 6 charolaises à viande ainsi que du matériel agricole basique. Mais très vite, les problèmes s'accumulent. Désireux de faire passer leur exploitation en agriculture biologique, Ils laissent les terres qu'ils louent à l'ancien propriétaire de la ferme au repos, comme la loi l'exige. Ce qui n'est pas du goût du bailleur, qui porte l'affaire sur le terrain juridique. Les jeunes agriculteurs, forcés de se défendre, engouffreront des sommes conséquentes dans une aventure qui durera 6 ans et qui aboutira, en 2004, à leur expulsion des installations et à la perte des terrains. Mais ils ne baisent pas les bras pour autant : le père de Mr leur cède un terrain sur lequel ils font construire un bâtiment pour abriter leurs bêtes. Au passage, ils subiront une baisse de leur quota laitier (attaché à la terre) de 166 000 à 110 000 litres par an. Pour couronner le tout, Danone, ayant perdu un fournisseur important dans la région, refusera désormais d'assurer le ramassage du lait. « L'automne dernier, nous avons décidé de laisser tomber le lait, plus suffisamment rémunérateur pour le travail qu'il implique », explique Mme qui a abandonné entre-temps son activité de nourrice pour se consacrer au développement de la vente directe des produits de la ferme. Depuis, l'exploitation s'est recentrée sur le porc et la génisse à viande, vendus entre autres sur un petit marché organisé chaque vendredi matin.

Une diversification qui, selon Elle, aurait de toute façon été impossible durant les premières années : « Nous avons bénéficié au départ de la Dotation jeunes Agriculteurs (DJA). C'est évidemment très utile, mais elle est très contraignante car elle lie les bénéficiaires : on ne peut pas sortir du moule. Et la diversification est vue d'un mauvais œil ». Aujourd'hui, les choses vont mieux, grâce en particulier aux bénévoles de RESA 39 (Réseau d'Entraide et de Solidarité Agricole du Jura) : « Deux personnes qui nous ont sorti la tête de l'eau. Ils n'ont pas pu faire de miracle, mais ils étaient là pour moduler, raisonner et corriger. » Depuis un an, Mr a dû se résoudre à la double activité et travaille à mi-temps comme chauffeur pour une coopérative céréalière voisine. Neuf cent euros qui donnent une bouffée d'oxygène au revenu du ménage, qui ne tire que 500 € de l'exploitation chaque mois. Près de 10 ans de galère qui ne semble pas avoir entamé le moral du couple : «  A certains moments, on regrette. Mais c'est un beau métier, et il en faut ». Leur fils, lui, a été échaudé par cette période difficile : « Je comptais reprendre une exploitation céréalière dans un village à côté, mais c'était 450 000 €. Hors de prix, surtout que le prix des céréales a tendance à chuter… ».

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